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La société québécoise malade bien avant la pandémie

Dans le contexte actuel de la pandémie de la COVID-19, il n’y a pas que le nombre de cas et de décès qui augmentent. La population vit davantage de préoccupations liées aux mesures de confinement et à la pandémie : perte d’emploi, difficulté à payer les factures, apprivoiser le télé-travail avec des enfants à la maison, craindre de contracter le virus et de le transmettre à ses proches et, semblerait-il, la prise de poids..! Oui, vous avez bien lu, la crainte de prendre du poids fait partie des préoccupations des Québécois confinés. 

Une préoccupation légitime dans une société où on associe à tort la minceur au bonheur et au succès, où on est surexposés aux prétendus remèdes ou diètes miracles pour maigrir via les réseaux sociaux, le système de la santé et même notre entourage. 

Devant le nombre grandissant du publications se voulant humoristiques sur la prise de poids pendant le confinement, j’ai ressenti le besoin de mettre certains éléments en perspective et de partager mon expertise de nutritionniste clinicienne travaillant depuis cinq ans déjà avec une clientèle préoccupée par le poids et/ou l’image corporelle en utilisant l’approche Health at every size© et l’alimentation intuitive.


Bilan de la préoccupation à l’égard du poids au Québec 

La préoccupation à l’égard du poids a le pouvoir d’affecter votre santé physique, psychologique et même sociale ainsi que vos comportements au quotidien. Plusieurs d’entre vous combattez déjà sans le savoir, ou même consciemment, cet ennemi sournois qui peut se présenter sous d’autres formes : fort désir de maigrir et/ou insatisfaction corporelle. 

Au Québec, l’organisme Équilibre rapporte que près du trois quart des femmes désirent perdre du poids indépendamment de leur poids actuel et près d’un homme sur cinq se dit insatisfait de son poids. Plus de la moitié des femmes au Québec disent penser régulièrement à leur poids et plus du cinquième vont même jusqu’à dire que la gestion du poids mène leur vie. 

Au-delà des chiffres qui nous montrent l’importance d’agir collectivement pour diminuer l’impact de la préoccupation à l’égard du poids qui peut affecter tous les individus peu importe leur poids, j’aimerais que vous reteniez ceci : vous n’êtes pas seul.e.s dans cette situation et des professionnels peuvent vous aider à vous libérer de cette charge mentale, pour reprendre les mots de certaines de mes client.e.s.


La culture de la diète à l’origine du problème

Connaissant les effets potentiellement négatifs du dénommé «surplus de poids» sur la santé physique et sa prévalence actuelle, certains pourraient voir ces statistiques d’un bon œil : comme une démonstration de la volonté de la population québécoise de se «prendre en main». 

Cela sous-entend que la responsabilité individuelle, ou la fameuse volonté, jouerait un rôle crucial dans le développement du «surplus de poids», comme si la responsabilité de gérer son poids par de saines habitudes de vie retombait uniquement sur chaque personne. 

Toutefois, la situation est bien plus complexe qu’elle en a l’air. En plus de certains facteurs personnels comme l’environnement familial et les habitudes alimentaires pendant l’enfance, la génétique, l’histoire de régimes, la santé psychologique et la surabondance alimentaire dans l’environnement contribuent tout autant au gain de poids. 

L’idée reçue qu’un individu possède un contrôle direct sur son poids est donc fausse. Vous ne pouvez pas décider «en ce moment même je choisis de perdre dix livres» et perdre automatiquement dix livres dans les minutes suivantes. Par contre, c’est en construisant et en entretenant cette illusion que l’industrie des régimes amaigrissants a fait fortune, installant subtilement la culture de la diète à l’origine de cette préoccupation à l’égard du poids si présente aujourd’hui.  


Alors, à quoi bon améliorer ses habitudes de vie si on ne se préoccupe pas de son poids?

Il y a tellement plus à gagner qu’un corps moins lourd à manger mieux et bouger plus et, contrairement à la croyance populaire, il est tout à fait possible d’améliorer sa santé globale sans modifier son poids. Et pour avoir plus de chances que vos habitudes de vie nouvellement installées soient là pour rester, vous avez avantage à trouver des motivations internes et plus profondes que la perte de poids ou l’amélioration du reflet dans le miroir. 

Pour y arriver, je demande souvent à mes client.e.s qui me consultent initialement pour perdre du poids si ils/elles se réveillaient le lendemain avec leur objectif de poids atteint, qu’est-ce qui serait différent dans leur vie? Parmi les réponses les plus populaires, on retrouve : être mieux dans sa peau, améliorer son estime de soi, avoir une meilleure énergie, la fierté d’avoir fait quelque chose pour soi ou encore avoir plus de confiance dans son milieu professionnel. L’important, c’est de trouver votre propre motivation, celle qui vous motive par-dessus tout lorsque la vie va trop vite, ou trop lentement comme en ce moment, pour que vous gardiez ces habitudes de vie que vous avez tant travailler à instaurer et qui vous apporte tant de bien-être physique et psychologique. 


Mes recommandations pour gagner ce combat

On doit mener ce combat contre la préoccupation à l’égard du poids tous ensemble. Il prendra certainement plus de temps à gagner que celle contre le virus-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais on y arrivera en adhérant aux trois consignes suivantes. 

De un, ne faites jamais de commentaire sur la perte, le maintien ou le gain de poids. Nous sommes plus qu’un chiffre sur la balance, peu importe lequel et la situation actuelle de pandémie devrait nous aider remettre les priorités aux bonnes places. 

De deux, si un proche vous parle de sa préoccupation à l’égard de son poids, de son désir de maigrir ou de son insatisfaction corporelle, ne donnez pas de conseil. Offrez-lui tout simplement une écoute attentive et sans jugement, ça fait plus de bien qu’on pense. 

De trois, promouvez l’acceptation de soi et l’auto-compassion, l’arrêt de la promotion des régimes amaigrissants, l’écoute des signaux corporels de faim et de satiété et le plaisir de manger et de bouger afin d’atteindre une meilleure santé physique, psychologique et sociale. 

Ensemble, on va plus loin!

* Source des statistiques : L’organisme Équilibre (https://equilibre.ca)



Dorothée Buteau-Poulin, Dt.P., M. Sc. 

Merci à tous mes proches pour leurs commentaires sur le texte qui porte sur un sujet délicat, mais qui me tient à cœur!